Mémoire rouge…

Mémoire rouge

Le cristal a achevé sa magie. Enfin, la porte en bois s’ouvre, lentement. Le noir, d’abord, sous nos paupières privées de lumière depuis si longtemps, puis, peu à peu, les couleurs reviennent et notre vue s’éclaircit.

Derrière cette porte, il y a une plaine, une plaine immense, battue par les vents.

Ici, la terre est rouge, d’un ocre soutenu qui renvoie la lumière, qui écrase les ombres. Ici, les vents nous assaillent d’une nuée de poussière sèche. Il ne doit pas beaucoup pleuvoir : pas le moindre arbre, pas la moindre fleur : nous sommes dans un désert rougeoyant, un monde rude, minéral.

Dans le ciel d’un bleu-gris délavé, pas l’ombre d’un nuage. Juste les silhouettes incongrues d’immenses grues de bois qui nous dominent de leur hauteur et nous coupent le souffle : font-elles quarante, cinquante mètre de haut ? Plus, peut-être encore ? Difficile de se rendre compte, sans point de repère, mais nous ressentons une impression soudaine de sacré. Pourtant, ces machines faites par des géants sont brisées, abimées, comme des vestiges insolites laissés par quelque civilisation disparue… Qui a pu construire ces pans de poulie qui montent à l’assaut du ciel ? Dans quel but ? Quelques fragments d’acier rouillé laissent entrevoir que ces machines ont dû être habillées de métal, jadis. Mais il n’y a plus que le vent qui puisse faire bouger ces édifices gigantesques, à présent.

Pourtant, sous les débris de bois, il y a du mouvement, quand on parvient à détacher le regard des grues en ruine : des tentes minuscules, de couleur indéfinissable, des gens qui semblent fourmis…

En nous approchant, nous sommes heurtés de plein fouet par des odeurs étranges, épices inconnues qui parviennent jusqu’à nos narines…

Il s’agit d’un campement de fortune, habité par des familles de gens à la peau d’un bronze cuivré et aux cheveux noirs comme le jais. Ils sont vêtus de tuniques informes d’un vert amande et marchent pieds nus dans la poussière, mais ils ont un sourire aux lèvres en nous accueillant.

Qu’ils sont beaux, ces hommes, ces femmes, ces enfants qui s’avancent vers nous d’une démarche dansante et qui s’adressent à nous dans une langue aux accents étranges… Ils semblent à l’aise, dans cet espace sans limite visible, sous ces machines abandonnées qui témoignent de temps passés plus avancés.

Il ne parait pourtant plus y avoir la moindre trace de technologie dans leur modeste campement : des tentes en toile tissée grossièrement, des animaux qui se promènent librement, menés par des enfants, un vieux sorcier aux yeux d’un vert profond qui me regarde longuement, sans prêter la moindre attention à mes compagnons de voyage. Intriguée,  je plonge les yeux dans son regard profond : sensation de puissance extrême, mêlée à la peur. Ces yeux semblent lire en moi comme dans un livre ouvert. Sensation d’exotisme aussi, devant ce paysage lunaire. Et pourtant, pourtant quelque part au fond de moi, il y a une parcelle de mon être qui le reconnait, il y a une petite voix qui me souffle que je suis enfin rentrée à la maison. Et c’est alors que je vois l’enfant…

Elena, atelier du 07/11 sur le thème du voyage…

Consigne : décrire un lieu rencontré au cours d’un voyage. Il s’agissait d’un souvenir, pris dans un rêve !

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