une arrivée à Saïgon

Nous sommes arrivés tard dans une de ces nuits qui serait surement longue et qui resterait dans un coin de nos mémoires, comme peuvent l’être ces instants inoubliables, entre deux…

Ensommeillés par les 17 heures de vols, et émoustillés , nous allions enfin découvrir cet autre côté du monde, si lointain, Saïgon, enfin plutôt Ho Chi Minh, si je prends son nom d’aujourd’hui à consonance communiste… Non, je ne m’y ferais pas! Saïgon revient, telle que mon grand-père m’en parlait du temps de la guerre d’Indochine.

La première impression qui nous saisit est une chaleur melliflue, humide, intense, dès la descente de l’avion. Le décors est posé.  Elle ralentit notre mouvement et nous oblige à respirer plus régulièrement, nos vêtements, notre peau deviennent moites, lourds, poisseux. Cette sensation de lourdeur, de chaleur, un peu sonna ne nous quittera que les jours de mousson, remplacée par des trompes d’eau qui s’abattront sur nous soudainement tels des seaux d’eau qui seraient vidés en cascade.

Nous récupérons nos bagages et en avançant vers les portes de sortie, nous vivons nos derniers instants de solitude occidentale. Dernier les battants des portes automatiques de cette salle de débarquement, nous entendons ce bruit sourd intense de la vie, d’une foule présente, du continent asiatique, une longue inconnue.

Les battants s’ouvrent sur ce monde attendu… nos sens sont tous en action, et nous sommes totalement happés par la foule de vietnamiens et autres voyageurs du moment. Ici dans ce couloir d’aéroport, tout va très vite et très lentement. Cela m’étonne. Tout le monde se déplace autour de nous, vite et discrètement, sans jamais nous bousculés, malgré notre égarement, nous laissant découvrir notre nouvel environnement. Nous rêvons déjà d’une douche pour enlever ne serais-ce que quelques minutes la moiteur et là les personnes que nous croisons ont l’air frais dispo., jeunes et tout de même très affairés.

Je suis assise à l’arrière d’un taxi, coincée puisque nous sommes 5 dans le taxi, deux autres voyageurs se sont joins à nous pour rejoindre le cœur de Saïgon. je regarde cette ville défiler, ces maisons-immeubles modernes parfois, immense tour de Babel. Devant mes yeux, dans les reflets de la vitre du taxi, s’enchainent les lumières clignotantes dans une langue aux lettre inconnues ou en anglais. autour  du taxi à chaque arrêt des centaines de scooters s’agglutinent, que nous soyons sur un boulevard à trois voies, ou dans une  ruelle où seule une petite voiture peut passer entre les échoppes posées là à même le sol. tout est en mouvement au rythme des scooters roulant à toute vitesse, zigzagant entre les voitures, les piétons et autres obstacles.

Comment font-ils? Ici, deux femmes en tailleurs avec un casque filent sur un scooter rose , sur un autre scooter, trois cochons enfermés dans des cages sont empilés sur le porte bagages, et là encore un avec un homme d’affaire, costume impeccable discutant avec son oreillette, et ses chaussures vernis, et là, je le pointe du doigt étonné, un vietnamien fonce avec au moins deux mètres de cartons empilés… comment fait-il pour ne pas tout tombé, des années de pratique surement. j’ai le tournis, les pots d’échappement, les odeurs multiples et inconnues des rues, des arrières de cuisines des restaurants, elles sont âpres et elles me prennent à la gorge, la nuit est  vivante.

Après quelques recherches, nous allons finalement résider chez un médecin, en fait une Gesthouse. Il n’y pas de clim, juste des palmes qui tournent, brassant l’air.  L’eau de la douche froide baisse la température de mon corps. j’ai l’impression d’être dans le film Indochine. dommage Vincent Pérez n’est pas dans le coin! la robe légère que je passe sur mon corps est encore trop.

Je me glisse seule en dehors de cette Gesthouse qui devient notre lieu de ralliement. je me trouve dans une ruelle tranquille de Saïgon  avec pour compagnons les néons des autres gestshouses.  en commençant ma progression de découverte, je retrouve les deux parisiens avec qui nous avions un peu plus tôt dans la soirée partagé le taxi. Nous partons ensemble à la découverte des nuits à Saïgon. Nous croisons toutes les activités de la vie courante, ici les boutiques ateliers sont petites et ouvertes tard et tôt. les vendeurs ambulants nous croisent et nous proposent tout! Ici les Vietnamiens nous regardent, nous sourient, espèrent  et séduisent pour un achat, mais c’est beaucoup plus délicat que ce que j’ai pu vivre au Maroc, ou dans d’autres pays du Maghreb. je me dis que ce pays va me plaire.

J’ai faim, nous goûtons à ce qui se présente à nous, des plats aux couleurs incertaines, des soupes un peu étranges, mais nous laissons de côté les grenouilles entières ou autres étrangetés prises en photo devant les restaurants. nous mangeons des plats à emporter dans de petites boutiques ou vendus par des marchands ambulants, me restera en souvenir ces petites boules blanches, pas du tout farineuses mais bourratives avec de la viande et un drôle de gout sucré, un mélange détonnant, repoussant même pour mon palais européen, mais finalement délicieuses. d’ailleurs, tous les plats sont ici indéfinissables, les gouts ne sont jamais ceux que l’on attends, sauf peut être pour les crustacés.

Fatigués de notre balade, et de notre tentative d’échange avec des vietnamiens qui ne connaissent que peu l’anglais, nous montons plusieurs étages avec un escalier en bois qui serrait peu crédible en France, mais ici fait si typique, pour nous retrouver sur une belle terrasse à destination des occidentaux en vacances. Nous commandons une bière, une parmi de nombreux choix, et je ne saurais dire laquelle car entre le vietnamien et un anglais un peu approximatif, je tente ma chance au pif. je ne risque pas grand chose, car les bières ici sont assez légères en général. nous faisons connaissance et je finis par tourner la tête tout en buvant ma bière et me trouve nez à nez avec un rat, bienvenu au Vietnam pays d’une beauté époustouflante avec son delta du mékong et sa baie d’Along et  pays que les guerres et le communisme ont réduit à « en développement » où les rats côtoient les enfants qui travaillent.

En rentrant j’ai du mal à retrouver ma gest house. il est relativement tard dans la nuit et me voila seule dans Saïgon, pas tout à fait rassurer et en même temps pas inquiète, je prends l’habitude du pays, un certain art de vivre. cependant, je finis par ma rendre compte que je suis devant ma gest house mais que des grilles en fer en bloquent l’entrée.  un vent de panique s’empare de moi, aucune sonnette. moi en robe et c’est tout! alors que je suis là plantée à réfléchir, du bruit se fait entendre de l’autre côté des grilles. je m’apercevrais plusieurs jours après, que la fille du propriétaire se couche derrière la grille à m’attendre moi ou d’autres pour nous ouvrir, toujours tout en discrétion. c’est cela l’Asie, être disponible mais ne pas déranger ni reprocher. j’en éprouverais d’ailleurs un peu de honte d’en avoir abusé. mais OUF je rentre m’allonger sur mon lit, il fait chaud, les palmes tournent avec un bruit répétitif mais je m’endors de suite… pleine de rêves… demain le delta du Mékong.

 

 

 

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